L'UNION DE LA JEUNESSE
JUIVE
ET
SES GROUPES DE COMBAT (ZONE SUD)
DANS LA LUTTE POUR LA LIBÉRATION
DE LA FRANCE ET L'ANÉANTISSEMENT DU NAZISME
| Nous avons participé à la conférence d'Annecy le 5 février 2003, par M. Max WEINSTEIN. |
| Ce mouvement de Résistance est une organisation de la clandestinité crée dans ce qui était alors la zone sud et qui avait pour nom "Union de la Jeunesse Juive". |
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L' Union de la Jeunesse Juive et ses groupes de combats (zone sud) dans la lutte pour la libération de la France et l'anéantissement du nazisme. Le mouvement de résistance qui est le sujet de la présente conférence est une organisation de la clandestinité crée dans ce qui était la zone sud et qui avait pour nom Union de la Jeunesse Juive (U.J.J.). Pendant plus de cinquante ans, ceux qui en avaient été les acteurs ont laissé à d'autres le soin d'en parler, d'écrire et de théoriser sur ce qu'avait été ce mouvement. Il nous a semblé utile, alors que nombre d'entre ceux qui ont été les protagonistes sont encore parmi nous, de tenter, pour la Mémoire, de faire sortir de l'ombre où elle était enfouie cette organisation clandestine de la jeunesse juive en lutte pour la libération de la France et l'anéantissement du nazisme et de ses alliés, dans la zone sud. Nous voulons faire savoir que, contrairement à l'idée bien véhiculée, tous les juifs ne se sont pas laissés "conduire à l'abattoir nazi ", la lutte héroïque des combattants du ghetto de Varsovie est un exemple irremplaçable. Ce n'est pas pour cultiver un quelconque particularisme, mais parce qu' il nous semble nécessaire de faire apparaître en toute clarté ce qu'a été l'activité de ces groupes de juifs, d'origine polonaise principalement, jeunes et moins jeunes, dans la lutte pour la libération de la France, leur patrie d'adoption d'alors, dans laquelle ils se sont pour la plupart totalement intégrés, quel qu'ait été l'itinéraire de chacun après les années noires. L'U.J.J. était une organisation clandestine de la ville. Elle a surtout agi dans les agglomérations. Cette organisation clandestine n'est pas née de rien. C'est pourquoi il est utile de rappeler et de préciser d'où elle vient et comment elle est apparue. La M.O.I., " Main d'oeuvre immigrée " a été créée en 1923 par le Parti Communiste Français, d'auprès de son comité central, qui permet ainsi la formation de ce qu'on a appelé les " groupes de langue " où se trouvaient les militants communistes en fonction de leur origine. C'est ainsi que furent créés les groupes de langue espagnol, italien, polonais, arménien, grec, bulgare, hongrois, tchécoslovaque, ainsi qu'un groupe de langue juif dans lequel se retrouvaient surtout les personnes issues de l'Est de l'Europe, dont la langue commune était le Yiddish. Après l'entée des armées nazies en France, nombreux furent les jeunes juifs parisiens organisés dans la Jeunesse Communiste, qui se lancèrent sans tarder dans l'action contre l'occupant. Dès l'automne 1940, dans la capitale, les premiers groupes se réunirent pour agir. Ils en payèrent le prix fort.Paris est parsemé de ces plaques où l'on distingue les noms de ces jeunes héros, juifs et non juifs, morts pour avoir lutté pour la liberté et contre l'oppression nazie. Citons tous ceux de l' Affiche Rouge, l'inoubliable Affiche Rouge, sur laquelle nous inscrivions " morts pour la France ". Celle que l'occupant et ses complices pensaient qu'elle aurait pour effet de réduire la résistance, de démoraliser la population. C'est l'effet inverse qui en résulta avec l'intensification de la lutte à travers tout le pays. Ils ont été fusillés le 21 février 1944 au Mont-Valérien. Parmi ces héros, il y avait plusieurs jeunes juifs communistes. Nos pensées les unissent dans le souvenir qui nous habite et la gratitude que nous avons pour eux. Sans oublier Olga Bancic, décapitée à la hache à Stuttgart le 10 mai 1944 et Joseph Epstein, fusillé avec les 29 autres résistants le 25 avril 1944. Nous pensons plus particulièrement à Marcel Rayman alors âgé de 21 ans, l'un des jeunes de l'Affiche Rouge, qui fut un des animateurs et dirigeants de l'équipe spéciale des F.T.P-M.O.I. Il fut également décidé de la constitution d'une organisation de la jeunesse, l'Union de la Jeunesse Juive ou U. J. J qui créa ses groupes de combat, à l'image de ce qui avait été créé par l'organisation des adultes. Bien que les décisions de principes aient été prises à l'automne de 1942, elle ne devinrent progressivement réalité qu'au printemps de 1943. Ce laps de temps s'explique par le fait que nous étions alors dans la clandestinité. Les liaisons n'étaient pas faciles et les dangers étaient grands qui visaient plus particulièrement les juifs. Ainsi l'U. J. J. fut-elle constituée. Elle ne partait pas de rien et regroupa dès le début, les jeunes juifs qui avaient commencé à agir et lutter. Elle était fille de l'U. J. R. E. C'est donc au printemps de 1943 que naquit véritablement l'U. J. J. Durant le laps de temps nécessaire à cette mise en place, les activités clandestines se poursuivaient, les jeunes pratiquant la solidarité active envers ceux qui étaient démunis, ainsi que la propagande en direction de la jeunesse juive pour qu'elle vienne renforcer l'organisation naissante. Évidemment, il ne suffisait pas de décréter la création d'une telle organisation clandestine. Encore fallait-il lui donner des règles d'organisation et lui trouver des adhérents, des jeunes qui acceptent de participer à ses actions et ses activités. Quelle était donc la situation des jeunes juifs résistants dans la zone sud au moment de la création de l'U. J. J. ? Un certain nombre d'entre eux, complètement déboussolés usaient d'expédients pour vivre, s'adonnaient au jeu et autres activités peu reluisantes. Un grand nombre d'entre eux, contactés par des jeunes déjà engagés dans des actions de propagande, d'inscriptions, de lancers de tracts et autres actions de résistance. Tous ces jeunes rejoindront, 'naturellement', la nouvelle organisation dont certains ignoreront même le nom. Ce qu'ils veulent, c'est agir ! Il y avait aussi ceux qui voulaient s'engager dans des actions plus dures telles que sabotages et actions armées. " Nous n'avions que très peu d'armes. Alors, nous cherchions à en récupérer comme par exemple le désarmement du fonctionnaire de police qui se trouvait en faction devant le Grand Hôtel de Lyon. Ils y eut donc énormément d'actions dures comme moins dures : " comme l'exécution d'un couple de donneurs de la Gestapo " et beaucoup d'autres ! Les résistants avaient leur langage approprié pour parler des juifs par exemple : " Est-il breton ? Ça équivaut à " Est -il Juif ? " Un journal était publié régulièrement par l'U. J. J. appelé : " Jeune Combat ". Le dernier numéro clandestin paru, porte le numéro 22, et est daté de juillet 1944. Ce journal appelait la jeunesse à lutter contre l'occupant et ses complices, il était plus particulièrement orienté vers la jeunesse juive, avec ses articles concernant des informations sur les grands événements qui se déroulaient, comme l'insurrection du ghetto de Varsovie, la victoire de Stalingrad … Il appelait les jeunes juifs à se joindre au combat pour la libération de la France mais aussi à la solidarité envers les familles en difficulté, envers les combattants des maquis. Il était bien sûr diffusé par des agents de liaison auprès de la population juive et dans les grandes villes de la zone sud. Il y eut aussi d'autres journaux publiés par d'autres organisations : " Clarté", organe des jeunes du M. N. C. R. ; Ou encore "Droit et Liberté", organe de l'U. J. R. E. … L'U. J. J. édita aussi de nombreux tracts comme, par exemple," JEUNES JUIFS DE LYON, ne vous présentez pas au recensement, ne répondez à aucune convocation, alertez tous vos voisins, tous les patriotes !" Ou encore : " JEUNES FILLES JUIVES, formez partout des comités d'entraide". Combien de jeunes furent adhérents de cette organisation clandestine de résistance ? Sans exagérer, et après avoir pris l'avis de plusieurs de nos camarades, nous pensons que le chiffre est d'environ 500 jeunes, un tiers étant des femmes ou des jeunes filles. L'effectif le plus nombreux se trouvait à Lyon. D'après une recherche individuelle nominative à laquelle nous avons procédé, nous arrivons à recenser environ 200 membres de l'U. J. J. " Nous nous sommes retrouvés, plus de 50 ans après la Libération de la France après avoir, les uns et les autres, suivi des chemins différents. Ce qui a guidé notre activité depuis que nous nous sommes rassemblés, c'est la Mémoire. Œuvrer pour la Mémoire, pour que les générations qui nous suivent, celles qui viendront par la suite, sachent que de nombreux jeunes juifs de France ne sont pas restés inertes face à la terreur nazie et ses alliés. Témoignages de Jeunes Juifs : Simon FRYD, héros des FTP-MOI : Venu de Paris, il fut l'un des tous premiers jeunes juifs à faire partie des groupes de jeunes juifs résistants de la région lyonnaise. Arrêté à Paris, interné au camp de Beaune-la-Rolande dont il s'évade dans le courant de juillet 1942, il gagne Lyon où il participe à l'organisation et aux premières actions de ce qui deviendra l'UJJ, avant de s'engager résolument dans les FTP-MOI. Arrêté le 29 mai 1943 lors de l'attaque d'un centre de distribution de tickets d'alimentation, il est emprisonné à la prison Saint-Paul à Lyon. torturé et jugé, il est condamné à mort le 23 novembre 1943 par la section spéciale de la Cour d'Appel de Lyon. Il sera guillotiné le 4 décembre 1943 dans la courde la prison Saint-Paul de Lyon. Il était né le 2 mars 1922 à Tuzin-Loth en Pologne. Charles WOLMARK (voir contribution de M François Tanniou), né le 21 janvier 1921 à Varsovie, il est venu en France très jeune, avec ses parents. Il militait dès l'avant guerre au sein des jeunesses communistes. Responsable de l'UJJ, il est arrêté par la Milice à Grenoble le 24 juillet 1944 lors du rendez-vous quotidien qu'il a avec le responsable des " adultes " (l'U. J. R. E.), Isaac Baumol, un ancien des brigades internationales de la guerre d'Espagne. Tous les deux seront fusillés avec d'autres résistants à Charnècles, à quelques kilomètres de Grenoble, une semaine plus tard. Charles WOLMARK était une personnalité hors du commun : un militant totalement dévoué et généreux, d'une très grande rigueur morale, dont tous ceux qu'il a connus gardent un souvenir lumineux. C'est le cas de Catherine Claude qui évoque dans son roman " Ciel Blanc ", la figure de Charles. Egalement Annie Kriegel qui, dans son livre autobiographique " Ce que j'ai cru comprendre " lui consacre de très belles pages. Julien ZERMAN : Responsable aux cadres de l'U. J. J. zone sud, ce dirigeant national de l'organisation, se trouvait à Grenoble le 16 décembre 1943. Il assurait régulièrement la liaison entre l'organisation de Grenoble et le " centre " qui se trouve à Lyon. Lors d'un rendez-vous, il est tombé dans une souricière. Il est arrêté sous une fausse identité. Dans le véhicule qui l'emmène, il tente de se saisir de l'arme d'un des policiers et est abattu par le chauffeur ainsi que le camarade avec lequel il avait rendez-vous, Joseph Brozek. Julien Zerman avait 19 ans. Né à Vienne en Autriche en août 1924, de parents immigrés de Pologne, il arrive en France, dans la région parisienne, où il est domicilié dans le X° arrondissement de Paris avec sa famille. Il est alors âgé de 18 mois. Sa mort a été douloureusement ressentie dans toute la zone sud, en particulier à Limoges où un détachement de FTP-MOI adopta spontanément son nom. |